Début
de la traduction en cours d'un roman historique,
dont les héros centraux sont :
Grigor l'Illuminateur, le suprême grand prêtre païen Vrouïr Vahévouni
et le roi Terdat le Grand,
s'inspirant de la christianisation de l'Arménie aux IIIe-IVe siècles.
La publication en français de ce livre prévue pour 2010
se fera grâce au mécénat de
Charles et Berthe KURDOGLIAN
«En choisissant nos dieux,
nous choisissons notre destin»
VIRGILE
PREMIER CHAPITRE
Quelques jours plus tard, les pâtres de retour des festivités de
navassard proscites par lui-même le découvriraient dans la même position, tête vers l'ouest, bras étendus vers le nord et le sud, pareil au signe antique indiquant les quatre points
cardinaux qu'il avait apporté avec sa religion et planté sur l'Arménie. Comme d'habitude, il était descendu de sa grotte d'érmite vers la source, avait dévié du sentier sans raison apparente et
traversé le pré estival bigarré, torturé sans doute sous son cilice par la canicule de midi, regrettant peut-être d'avoir quitté le sentier et rallongé son chemin, mais, ainsi que durant toute sa
vie, il n'avait pas battu en retraite sur la voie prise, il était allé au-devant des crevasses et des ravines, au-devant du terme de sa longue et tempêtueuse existence qui avait été,
contrairement aux prédictions des qourm et des oracles, d'une enviable sérénité comme ce midi de navassard. Il s'était écroulé dans le pré émaillé pour ne plus se relever, pieds
vers l'est, bras vers le nord et le sud, yeux écarquillés fixant le ciel. Après avoir mis en terre, sans l'avoir reconnu, son cadavre hâlé et desséché par le soleil et le vent, les pâtres qui
avaient fêté navassard moissonneraient ce pré diapré, mais la terre rasée resterait tatouée jusqu'au printemps de la croix de son corps, ineffaçable, comme celles élevées sur les temples
et les autels détruits à Vagharchapat, à Artachat, à Bagavan, à Tordan, à Achtichat, à Yéréz et ailleurs. Sept jours et sept nuits durant, il allait gésir abandonné et oublié sous le ciel, puis
il serait enterré, sans prières et sans croix, par des païens qui venaient de vider le dernier tonneau de vin des festivités. Au lieu d'évêques et de prêtres ordonnés par lui-même, ce sont des
chiens gardiens de troupeau qui tourneraient autour de lui, au lieu des larmes de jeunes moniales consacrées par lui-même, c'est la pluie torrentielle de navassard qui inonderait sa
tombe. Dans le pays devenu adorateur de la croix par ses propres efforts, il ne s'en trouverait pas une seule pour être plantée sur lui, les pluies aplaniraient sa tombe qui se recouvrirait au
printemps de fleurs de toutes les couleurs, pour être à nouveau rasée l'automne venu, et si n'avait été celui qui, toute sa vie, l'avait pourchassé ou que lui avait pourchassé, qui l'avait
persécuté ou que lui avait persécuté, qui avait gravi à sa suite cette montagne qu'on baptiserait Mania aïrq, qui s'était nourri comme lui de racines, ses os seraient restés abandonnés
et oubliés, ne seraient pas devenus des années plus tard des reliques pour le monde vénérant la croix, l'interminable procession d'évêques venus de Vagharchapat et de Césarée de Cappadoce,
d'Alexandrie et de Constantinople n'aurait pas fait l'ascension des grottes de Mani et, en descendant, ne serait pas étirée jusqu'à Tordan. Son nom sorti des mémoires, qui ne tarderait pas à
émerger de la brume de l'oubli cerclé de l'auréole de saint, n'aurait pas été remémoré, et on se serait souvenu uniquement du bien et on aurait oublié le mal, ces années de conversion,
insupportables comme les douleurs de l'enfantement, qui avaient chambardé le monde arménien. Mais alors que, bras étendus au nord et au sud, ognorant de sa gloire posthume, il était couché sept
jours et sept nuits sans défense sous les rayons cuisants de navassard et sous les vents glacials vespéraux des montagnes, il n'était encore ni illuminateur et ni un saint, ceux qui le
haïssaient étant bien plus nombreux que ceux qui l'honoraient, car il avait davantage détruit que bâti, davantage rejeté qu'accepté. Les hagiographes formés dans les écoles d'Athènes n'avaient
pas encore composé sa légende, pas encore posé sur sa tête une couronne d'épines avant de la nimber d'une lumineuse, ne l'avaient pas encore fait descendre au fond de Khor-virap pour
ensuite le faire monter au ciel. Il n'était encore qu'un dénommé Grigor, autrefois appelé Sourène, qui avait servi fidélèment toute sa vie le puissant roi d'Arménie, Terdat le Grand lequel, sur
un coup de sang, l'avait jeté dans une fosse et l'en avait sorti ensuite pour le charger de la mission épineuse de convertisseur. Il l'avait acceptée et accomplie avec le zèle d'un serviteur et
l'implacable méticulosité de quelqu'un qui avait subi treize années d'enfermement, sans se douter de la gloire et de l'honneur à venir puisqu'il n'avait entendu que malédictions et insultes, se
déplaçant toujours escorté de troupes royales, ne buvant qu'à sa propre timballe et ne mangeant que dans sa propre écuelle qu'il avait promenées tout le temps avec lui dans son baluchon, à côté
de la croix en bois. De cette croix soi-disant apportée cent ans plus tôt en Arménie par Barthélémy, le saint apôtre du Seigneur, avec la puissance de laquelle il avait fondé la première église
sur la terre d'Arménie. De ces deux vulgaires de bois qu'avaient suivis les premiers pionniers arméniens de la nouvelle religion, pour l'amour desquels les premiers témoins de Dieu du monde
arménien avaient subi le martyre. Plus que de sa propre personne, il s'était soucié de la sécurité de cette croix ; que de fois ne l'avait-il pas vue dans ses rêves la proie du brasier allumé par
des païens, serrant terrorisé dans son sommeil le précieux baluchon contre sa poitrine! Plus d'une croix avait brêlé des mains des païens, mais celle-ci était arrivée intacte aux grottes de Mani,
et elle gîsait à présent avec le contenu du baluchon déversé par terre, l'écuelle et la timballe, aux pieds de celui qui, assis sept jours et sept nuits durant à l'entrée de la grotte sa dernière
demeure, n'avait pas détaché ses yeux de ce corps sans souffle, espérant malgré lui un miracle. Ni au cours de ces sept jours, ni des sept suivants, nul faisceau de lumière ne frapperait la
cadavre du premier patriarche officiel d'Arménie, le Seigneur ne fendrait pas la tombe fraîchement comblée par les pâtres païens pour l'emmener au ciel, mais jour après jour l'autre, malgré lui,
allait espérer de plus en plus un miracle qui n'avait pas eu lieu, jusqu'à ce qu'il voie, entre sommeil et éveil, rêve et réalité, le ciel entr'ouvert et la croix étincelante descendue sur terre,
Grigor ressuscité au milieu de ses rayons et les anges le coiffant d'une couronne céleste. La voix céleste retentirait à ses oreilles :
- Convertis-toi, ô Vrouïr! Je suis à côté de toi, pourtant tu ne me vois pas car tu n'as pas cru en moi, mais maintenant que tu as vu mon saint signe, oublie tes idoles et convertis-toi!
Il bondirait sur ses pieds et, encore sous l'emprise de la vision, crierait :
- De toute façon, je ne crois pas en toi! Tu pourrais m'envoyer mille signes, tu pourrais accomplir mille miracles, je vénèrerai quand même les idoles de mes ancêtres!
Il aurait bien conscience alors qu'il mentait, qu'il n'avait plus foi depuis longtemps dans les géants naïfs en bronze, mais il serait impuissant devant la tentation du mensonge, il s'imaginerait, en dépit de la vision, croire vraiment encore en eux, comme plus de vingt-cinq ans auparavant, quand il était le suprême grand qourm d'Achtichat, quand étaient encore debout les temples des dieux les plus aimés des Arméniens, Vahakn, Astghik, Anahit, les trois derniers échappés à la destruction et au pillage.
Peu après son retour de Césarée où il avait été sacré évêque d'Arménie, Grigor avait surgi avec des troupes seigneuriales, une foule énorme de fanatiques adorateurs de la croix, d'aventuriers et de vagabonds, pour détruire ces trois derniers-là aussi, pour effacer la religion arménienne du sol arménien. Il venait avec deux sacs sales de la poussière de la route, avec des reliques de la nouvelle religion bringuebalées dans un chariot, des os recouverts encore de terre, rongés par l'humidité, qui devaient remplacer les statues de bronze de Vahakn le tueur de vichap, d'Anahit la déesse-Mère, de la prodigieusement belle Astghik. Des rivages étrangers il apportait deux sacs qui sentaient le moisi, l'un portant l'inscription en grec « grand prophète Jean le Baptiste », l'autre « saint apôtre Athanaginès ». Le premier avait été décapité à Jérusalem, le second supplicié à Sébastopolis, ni l'un, ni l'autre n'avait jamais vu les montagnes d'Arménie, où pourtant ils allaient être bientôt vénérés. Ceux qui les avaient vus et écoutés n'avaient pas cru en eux, ceux qui ne les avaient pas vus ni écoutés allaient croire en eux. Lors du franchissement de l'Aradzani, le chariot transportant les reliques sacrées avait versé, les flots avaient emporté les précieux sacs. Quand le lendemain, après de longues recherches, on les avait retrouvés et rapportés, les noms des saints étaient effacés par l'eau, et on avait dû les inhumer ensemble et leur ériger à la hâte dessus une misérable chapelle en pierres brutes ; en-haut les trois majestueux temples bâtis par des maîtres-maçons, en-bas la chapelle dressée par des mains malhabiles de soldats. C'est en vain que chaque jour Grigor ouvrait son baluchon, qu'il prenait dans ses mains la croix en bois de Barthélémy. Personne ne lui emboîtait le pas. Le symbole plein du mystère de la souffrance et de l'espérance, qui avait abattu de nombreux temples et autels lors de la première et grande conversion de l'Arménie, était redevenu tout à coup un vulgaire bout de bois sec et avait perdu son éclat face aux trois derniers géants, idoles de la force et de la beauté, qui, redoutables et altiers comme toujours à l'instar des montagnes qui les avaient engendrés, leurs regards muets accrochés au ciel infini, étincelaient le jour sous les rayons du soleil, la nuit sous les zigzags des éclairs, et répandaient autour d'eux frayeur et émerveillement.
La foule s'était pétrifiée, clouée sur place. La religion reniée semblait s'être incarnée dans ces trois-là, la muraille abattue une fois déjà semblait s'être relevée. Seul Grigor savait que la raison en était l'absence de Terdat le Grand ; ce n'était pas la croix que le peuple avait suivie jusqu'alors mais le puissant roi d'Arménie, en qui l'on croyait davantage qu'aux dieux anciens et nouveaux, que l'on vénérait plus que les idoles et la croix. Terdat le Grand qui était né païen et qui devait mourir en païen, qui, malgré la croix qu'il avait attachée autour de son cou et malgré son sacre selon la nouvelle religion, était comme autrefois plus effrayant dans sa fureur qu'Aramazd, plus terrifiant dans la bataille que Vahakn, plus effréné dans la débauche que Spandaramét, plus éloquent et sage dans la polémique que Tir. Ce roi qui, avant de devenir roi, avait été honoré comme tel en Grèce en s'enveloppant les épaules de la pourpre impériale, qui avait été invaincu et dans les jeux de cirque et sur le champ de bataille, ce dernier souverain arsacide qui se considérait l'égal des chahs perses et des empereurs romains, qui, chaque printemps, envahissait le sol des Sassanides, sous le règne duquel la cavalerie arménienne n'avait jamais connu de défaite. Terdat le Grand, dont la vie et l'oeuvre, contre toute logique, furent la négation de la religion décrétée par lui-même. Il avait fait ce qu'il avait voulu, sans qu'il se soit trouvé personne pour braver sa volonté, à l'exception de Grigor qui, pourtant, devint lui aussi son exécutant docile en acceptant de sortir de sa fosse de Khor-virap et de coiffer le capuchon patriarcal au lieu de l'auréole de prophète persécuté. Maudit soit le jour où Terdat le Grand, à la suite d'une décision stupéfiante, le priva de la gloire de confesseur de la foi et de saint martyr, où il lui donna du pouvoir, où du persécuté il fit un persécuteur. L'espérance et la brutalité se liguèrent du fait de son alliance avec le roi. Le roi répandait la terreur, lui l'espérance. Le chemin de la foi en l'espérance soutenue par la terreur fut incomparablement plus facile qu'il ne s'y serait attendu. Mais depuis, le roi avait rompu le pacte, le laissant seul face à ces trois derniers géants-là.
La croix de Barthélémy pressée contre sa poitrine, il gravissait le sentier escarpé. Les dynastes échangeaient des regards, mais aucun ne bougeait. Les grosses masses sur les épaules, les soldats ne se montraient pas pressés de lui emboîter le pas. Les prêtres recrutés à Sébastopolis, venus en Arménie pour officier et non pas finir en martyrs, ne mettaient pas un pied devant l'autre. Il grimpait seul vers la capitale de la religion ancestrale des Arméniens. Il y grimpait car il s'interdisait toute retraite, car il n'avait jamais reculé ni devant la violence, ni devant la mort ; mais si à l'époque il était un prédicateur persécuté, à présent il était pasteur suprême. Les mêmes paroles qui avaient bouleversé les foules à l'époque sonnaient maintenant creux à ses oreilles, s'étouffaient dans le cliquetis des armes et des armures des troupes. La ferveur du martyr, qui lui avait insufflé force et énergie durant toute sa vie, était en cet instant dans le camp des qourm parés d'habits de cérémonie, aussi naïfs que que leurs idoles, massés autour des trois derniers temples du culte ancestral. De ceux qui, avant le combat à mort, immolaient sur les autels l'ultime victime à leurs dieux, allumaient l'ultime feu, entonnaient l'ultime hymne, imploraient Vahakn de leur accorder victoire et mort héroïque, suppliaient Anahit de protéger les femmes et les enfants qui les pleureraient.
Dans les temples, les qourm frappaient sur des tambours dont les grondements, telle une protestation des dieux guettés par la mort, se répercutaient dans les montagnes d'Arménie lesquelles, comme le Taurus s'étirant en face, pleureraient la perte irrémédiable de leurs trois ultimes héros, ces trois colosses qui, durant plus de deux millénaires, avaient protégé le pays et la nation qui s'étaient placés sous leur tutelle et les avaient gardés parmi les puissants. On aurait dit qu'ils savaient que la tête farouche de Vahakn, les seins fertiles d'Anahit la déesse-Mère, les hanches sensuelles d'Astghik seraient réduits en morceaux ce jour-là, fendues les poitrines puissantes, déchiquetés les coeurs en bronze arrachés qui, tirés brutalement de deux millénaires d'insensibilité, palpiteraient de chagrin aux pieds des destructeurs. Des larmes jailliraient d'yeux qui semblaient morts, des soupirs s'échapperaient des poitrines en bronze, jetant les destructeurs dans l'effroi par la similitude de leur souffrance avec celle du crucifié sur le lointain Golgotha. Au prix de cette destruction ils se réincarneraient en humains, redeviendraient à nouveau familiers et intelligibles pour la nation qui leur avait tourné le dos.
Mais les trois derniers piliers de l'Arménie ancienne se dressaient encore, fronts parés de l'éclat de la puissance du guerrier fondateur éponyme, ignorants de la trahison de la nation, ignorants des manigances du temps, de ce que le genre humain las du culte de la force et de la beauté avait tourné son regard vers le rayon d'espoir né dans les ténèbres des champs de bataille et des routes sans fin, des épidémies et de la famine, de la solitude et de la souffrances, vers Dieu fait homme qui, contrairement à eux les géants de bronze, avait aimé et souffert, avait été vaincu et crucifié comme n'importe quel mortel, triomphant par sa défaite même. Comme par le passé, ils se tenaient debout fiers et détachés, ignorant que l'être humain désormais fatigué de lui-même, fatigué de la chair et du sang, allait diviniser l'immatériel après avoir renoncé à son unique bien de mortel, aspirer à l'immortalité après avoir rejeté la vie terrestre. Ignorant qu'eux, les dieux terrestres, seraient impuissants face à la nouvelle religion tant qu'elle serait telle une lumière dans les âmes, en attendant que les idoles de la religion de la croix soient forgés d'or et d'argent, que les piliers de la nouvelle religion se dressent sur les décombres de l'ancienne pour témoigner de l'inanité de ses superstitions adoptée par la nouvelle, que l'être humain fasse monter au ciel Dieu fait homme pour se retrouver à nouveau seul et sans soutien.
A la place des temples rasés s'élèveraient des églises, au lieu des idoles se dressaient des croix, au lieu des manuscrits des temples incendiés s'écriraient les actes des saints et des témoins de la nouvelle religion, la vie sortie de son lit y reviendrait à nouveau, mais l'Arménie nouvelle qui s'en était remise à la nouvelle religion ne restaurerait jamais sa puissance d'autrefois. Plus jamais la couronne arménienne n'étincellerait avec l'éclat d'autrefois. Chassé des temples abattu, l'esprit guerrier du fondateur éponyme allait errer éternellement, sans trouver asile dans les temples de la nouvelle religion. Son grand arc en bandoulière, triste et livré à lui-même, il marcherait sans but sur cette terre antique, sans avoir compris à aucun moment qu'à côté des piliers de la force et de la beauté, du plaisir et de la liberté, de la fertilité et de la sagesse, il fallait que soit érigé celui de l'espérance qu'allaient enlacer les désespérés, les déshérités et les faibles. Il n'allait pas comprendre comment et pourquoi les faibles rendus forts par la souffrance séculaire abattirent leurs idoles puissants, le peuple abandonna les dieux de ses pères pour suivre celui qui avait promis un havre inexistant dans le ciel. Pourquoi ils renversèrent les piliers fondés par lui-même et adorèrent le tourment du crucifié si, comme par le passé, ce devait être la force et le plaisir qui allaient gouverner le monde.
Tant que les trois derniers géants étaient debout, il semblait que tout le mal provenait d'eux, que c'était eux l'ultime frontière de l'égoïsme, l'ultime obstacle matériel sur le chemin du Dieu immatériel, qu'en les abattant on ne descendrait plus des cimes célestes, qu'on ne ramperait plus aux pieds de ces idoles de la force et du plaisir, qu'on se délivrerait pour toujours de leur joug.
Grigor gravissait obstinément le sentier raide comme les rayons
du soleil au zénith, pareil à un pont de cheveu reliant l'ancienne et la nouvelle religion, qui s'élevait devant lui pour attester une fois de plus qu'un chemin facile ne lui serait pas donné
ici-bas, que le capuchon de pasteur suprême sur sa tête était une amère ironie du sort, la croix pectorale en or un poids inutile à son cou, que son fardeau était dans cette vie la croix en bois
de Barthélémy, la parole et le martyre et non pas les grosses masses et les troupes royales. Mais il montait pour chasser l'ultime hésitation des hommes pétrifiés avec des masses sur leurs
épaules, pour prouver une fois de plus la supériorité de la religion de l'esprit sur ces idoles paraissant éternels comme la nature et le corps. Et on l'aurait dit heureux de ne pas entendre
derrière lui les pas lourds des soldats, le cliquetis des armes et des masses, heureux de pouvoir témoigner de la vérité par le martyre et non par la force.
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